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Mam'aParis

Mon grand-père a un Ipad

9 Avril 2013 , Rédigé par Mam'aParis Publié dans #Humeur

Mon grand-père a un Ipad

Depuis 2 ans mon grand-père a un Ipad. Il a pris le temps d'apprendre à se connecter au monde. Ce matin j'ai reçu un mail de sa part à 9h alors que je suis au travail, devant mon écran à Paris.

Lui est en Province, au 17ème et dernier étage d'une tour HLM prisée par les personnes âgées, qui surplombe une petite ville paisible.

Mon grand-père a passé sa vie dehors, notamment dans une maison de campagne qu'il a entièrement retapé. Ma grand-mère faisait un jardin magnifique et lui s’occupait sur son métier à tisser. Ils se sont rencontrés jeunes, se sont aimés, ont eu 4 enfants. A une époque où l'on éduque plus que l'on choie ils ont géré leur petite troupe comme une petite entreprise. Privilégiant beaucoup d'activités associatives, paroissiales. J'ai toujours vu mes grand-parents se taquiner, se prendre dans les bras. Organiser des réunions de famille à n'en plus finir à la campagne. Des jeux géants où petits et grands participaient, des pièces de théâtre, des pêches à la ligne, des ateliers cuisine, pâte à sel, des dessins, des jeux de chiffres ou lettres sur des plateaux en bois fabriqués maison, des chasses au trésor géantes en pleine forêt.

Ma grand-mère peignait de beaux tableaux, mon grand-père prenait beaucoup de photos. Ils lisaient énormément, nous emmenaient à la bibliothèque, étaient abonnés au Monde. Dans le grenier à la campagne les malles regorgeaient de fripes, de vieilles bandes dessinées. On passait des heures à se déguiser, à refaire le monde. En plein été, entre les murs, il faisait frais, ça sentait les fleurs, la pierre, le bois. Des odeurs dont je me souviendrai toujours. Le temps s'arrêtait, les journées ne se terminaient jamais.

Mon grand-père était sévère, avec lui on finissait notre assiette et mangeait toujours à la même heure. Ma grand-mère nous montrait comment on cuit un lapin ou un soufflé au fromage. Ils n'étaient pas forcément famille, ne demandaient jamais à ce qu'on vienne ni n'appelle. Leurs enfants sont partis, pas très loin. Les petits-enfants venaient l'été. Beaucoup de choses sont arrivées. Ils ont perdu une petite fille et une fille.

J'attendais toute l'année ces moments de campagne où j'allais chercher les œufs à la ferme d'à côté, embêter les vaches, faire courir les poules. Monter des pièces de théâtre avec 3 bouts de ficelles et convier tout le hameau. Faire des caches-caches géants le soir entre les bottes de foin. Et m'allonger, regarder le ciel et attendre qu'on me trouve, un épi de blé entre les dents. Rêver, imaginer, grandir.

Ce matin je l'imagine seul à sa table devant son Ipad. Ma grand-mère est depuis le début de l'année dans une maison de retraite. La femme qu'il aimait depuis si longtemps peinait parfois à savoir qui il était.

Je l'imagine en train de m'écrire un mail.

J'ai bien 5 minutes dans cette journée parisienne. J'ai bien 5 minutes pour répondre à mon grand-père. J'ai même un peu plus que ça. Mon grand-père adore les énigmes, les casse-têtes. Peut-être que ce matin j'ai un peu de temps pour lui en envoyer quelques uns. Accompagnés d'une photo de son seul arrière petit-fils. Il signe ses mails l'AGP.

Comprenez l'arrière grand-père.

© getty images

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